- Et si, parfois, perdre du temps était la meilleure chose à faire ?
- Pourquoi cette obsession du temps nous fatigue autant ?
- Quand tout devient orienté vers un objectif
- L’importance oubliée de ne rien faire
- Ce que disent les neurosciences
- Comment sortir concrètement de la pression de performance
- Exercices : réapprendre à laisser passer le temps
- Et si faire un peu la paix avec le temps était la vraie liberté ?
Et si, parfois, perdre du temps était la meilleure chose à faire ?
On nous répète sans cesse que le temps est la ressource la plus précieuse.
Qu’il faut l’optimiser, le rentabiliser, en profiter pleinement.
Chaque minute devrait compter. Chaque instant devrait avoir du sens.
Et si, justement, le problème venait de là ?
Et si, au lieu de vouloir absolument chérir chaque minute de notre existence, nous décidions parfois de les laisser disparaître volontairement ?
De les dissoudre dans le néant, sans but, sans attente, sans performance.
S’asseoir sur son canapé, regarder dans le vide, ne rien faire.
Juste ça.
Pourquoi cette obsession du temps nous fatigue autant ?

Notre quotidien est devenu une succession de blocs parfaitement organisés.
Les réunions de travail, les déjeuners professionnels, les afterworks, les team buildings… tout est empilé dans nos agendas comme des briques de Lego.
Même les moments censés être des espaces de repos finissent par être remplis.
Les vacances, par exemple.
On part pour se détendre… mais on se met le réveil à 8h pour “en profiter”, voir tous les monuments, rentabiliser la plage, maximiser l’expérience.
Résultat :
le repos devient une tâche.
le plaisir devient une obligation.
le temps libre devient une source de pression.
C’est ce qu’on appelle la pression de performance.
Quand tout devient orienté vers un objectif
Le piège dans lequel nous tombons est subtil mais profond.
Peu à peu, tout ce que nous faisons devient une action orientée vers un but :
- améliorer son bien-être
- développer sa carrière
- optimiser son potentiel
- travailler sur soi
Même nos loisirs doivent “servir à quelque chose”.
Mais alors une question simple se pose :
👉 Que reste-t-il pour les activités qui n’ont aucun objectif ?
Des moments qui :
- n’améliorent rien
- ne développent rien
- ne produisent rien
Juste… être là. Sans justification.
C’est pourquoi ne rien faire est tellement important.
Un autre Pourquoi ne rien faire est tellement important !
L’importance oubliée de ne rien faire

Le philosophe Bertrand Russell, dans L’Éloge de l’oisiveté, défend une idée devenue presque subversive aujourd’hui :
pour bien vivre, l’être humain a besoin de temps libéré de toute utilité.
Du temps pour ne rien faire.
Du temps pour être seul avec soi.
Du temps sans intention.
On appelle cela le désengagement attentionnel :
un état dans lequel notre attention n’est plus happée par une tâche, un objectif ou une stimulation.
Et ce n’est pas qu’une idée philosophique.
Ce que disent les neurosciences
Les neurosciences confirment cette intuition.
Notre cerveau possède un réseau appelé le réseau du mode par défaut (default mode network).
Ce réseau s’active précisément quand :
- on ne fait rien de particulier
- on laisse son esprit vagabonder
- on ne cherche pas à être productif
Ce mode est essentiel au bon fonctionnement du cerveau :
- il favorise l’intégration des expériences
- il soutient la créativité
- il permet une forme de régulation émotionnelle
Autrement dit, ne rien faire n’est pas une perte de temps, mais un fonctionnement naturel et nécessaire.
Comment sortir concrètement de la pression de performance
Sortir de cette logique n’est pas simple.
Même quand on en comprend l’intérêt.
Faire l’expérience de “ne rien faire” peut être étonnamment difficile.
Au début, quelques minutes semblent interminables.
Le corps s’agite. L’esprit cherche une distraction.
Puis, progressivement, quelque chose change.
On s’habitue.
On se met à rêvasser.
On perd la notion du temps.
Ces minutes “perdues” disparaissent sans laisser de trace.
Et c’est précisément là que réside leur valeur.
Exercices : réapprendre à laisser passer le temps
Exercice 1 : le non-moment
Choisis un moment dans la journée (matin, soir ou après-midi).
Installe-toi confortablement.
Et ne fais rien pendant 5 minutes.
Pas de téléphone.
Pas de respiration guidée.
Pas d’objectif caché.
Juste être là.
Exercice 2 : retirer l’intention
Ne cherche pas à aller mieux.
Ne cherche pas à te détendre.
Ne cherche pas à être plus performant après.
Observe simplement ce que ça te fait de te laisser tranquille.
Exercice 3 : normaliser l’inutile
Intègre progressivement ces moments dans ta semaine.
Sans les justifier.
Sans les expliquer.
Comme une démarche volontaire pour redonner au temps le droit d’exister… sans rendement.
Et si faire un peu la paix avec le temps était la vraie liberté ?
Dans un monde où l’on nous répète que chaque seconde compte,
prendre quelques minutes pour ne rien faire devient un acte presque radical.
Traiter son existence avec un peu de désintérêt, parfois,
ce n’est pas la négliger.
C’est peut-être, au contraire, la respecter autrement.
Alors la question reste ouverte :
👉 comment fais-tu, toi, pour te laisser un peu tranquille dans un monde qui te demande sans cesse d’en faire plus ?
Parfois, faire la paix avec le temps commence simplement par accepter de le laisser filer.
